Voyage au bout de la Dordogne

Il y a quelques semaines, deux membres du Castelnaud en Périgord Kayak Club se sont lancés l’audacieux défi de rallier l’océan depuis Castelnaud-la-Chapelle, à la force de la pagaie. Embarqués dans deux pirogues monoplaces (va’a) avec tout le nécessaire de  bivouac et de navigation, Julien Le Provost et Adrien Thomas ont parcouru en 5 jours les 285 kilomètres de Dordogne qui les séparaient du Verdon-sur-Mer.

Adrien Thomas nous raconte cette l’expérience exceptionnelle, aussi bien pour la découverte d’un parcours grandiose que pour l’effort physique et mental effectué :

                    « Drôle d’idée »

« Quelle drôle d’idée m’a attrapé quand ce soir de Février je traverse le pont à Castelnaud en me demandant qu’est ce qu’il y a quelques dizaines/centaines de km en aval.
Coup de fil à Julien Le Provost et nous voilà calé. Ce sera 5 jours en pirogue individuelle pour descendre les quelques 285km jusqu’à l’Océan. Recherches, préparation du matos, coups de fils pour s’informer des spécificités de navigation de l’estuaire et nous voilà parti.
Horaires des marées scotchées sur le pont d’une des V1 et kilométrages sur l’autre c’est au petit matin du 27 avril à 7h30 que l’on passe sous le pont de Castelnaud, il nous en reste 43 à franchir jusqu’au Verdon ! 
Première matinée assez cool jusqu’à Trémolat. Le reste de la journée sera plus compliqué, 20km de vent de face à faire du sur place si on arrête de ramer – passage de 2 barrages et une fin de journée à 19h30 après 63km.
Le lendemain, on enchaîne sur une matinée humide et une rivière qui court de moins en moins. Un café à Bergerac nous donnera un peu d’énergie pour le passage du dernier barrage. Une belle galère ces barrages avec nos 15kg de pirogue + 10/12kg supplémentaires avec eau et repas lyophilisés.. Après avoir essayé « moultes » techniques de portage, on est rodé et quelque peu résigné.. On porte une pirogue à 2 puis on récupère l’autre. C’est long mais on y arrive ! 
Arrivée le soir après Bourg sur Dordogne et quelques 60km. Joli spot dans un jardin privé, en aval de Bergerac beaucoup de jardins privés viennent mourrir jusqu’à la Dordogne, c’est beau mais « chiant » pour bivouaquer. 
Le troisième jour sera la journée noire, quelques soucis d’estomac nous contraignent à écourter cette étape. On va également se confronter aux premières marées. On apprendra ce que veut dire être à « l’étale ». Ce moment en apesanteur où les bouts de bois habituellement charriés par le courant font du surplace au milieu de la rivière. Sensation de glisse grisante mais sans efficacité comparé à une navigation avec du courant.. On peine à atteindre les 7/8km à l’étale alors que l’on atteint aisément les 11km/h avec un peu de courant.
Arrivée après 45km à Libourne City, on amarre les pirogues à un quai en construction, on enjambe les barrières interdisant l’accès et un hôtel nous accueillera pour une nuit réparatrice ! 
Avant dernière étape. Celle-ci s’annonce décisive, on embarque donc 30mn avant le début de la marée descendante pour essayer de gagner un peu de sursis sur notre temps de navigation. Pas de pose repas, on mange une ou deux barres de céréales sur un bout cale et nous voilà au Bec d’Ambesse sous des trombes d’eau mais heureux d’en avoir terminé avec la Dordogne et motivés pour attaquer la Garonne et son estuaire. 
Navigation optimiste, on décide de poursuivre au maximum avant le début de la marée montante. Vérifiant à tout moment notre avancée avec le GPS et les horaires de marées, c’est avec beaucoup de chance que l’on accoste au port de Beychevelle deux minutes avant le début de la montante. Avec des coeffs à 95, quand madame remonte, mieux vaut avoir terminé sa navigation ! 
Spot parfait, vue sur l’estuaire superbe et un joli balai de couleurs au couché du soleil.
Mardi férié mais pas pour nous..! 
On attaque cette dernière étape couteau entre les dents, il nous reste 55km à couvrir entre 8h30, début de marée descendante et 13h50, début de marée montante au Verdon. Idem à la veille on débute la journée à l’étale, une demi heure avant le début de la descendante.
Une fois la marée installée, on gagne le quasi milieu de l’estuaire pour bénéficier du courant. Les prévisions météo nous avaient annoncées un peu de vent, c’est finalement plus fort que prévu et avec le vent de face, on se retrouve à naviguer dans des vagues biens formées de 60/80 centimètres.. Sans jupe, je ne peux rester à bénéficier de ce courant, mon bateau se remplit d’eau, dommage on quitte les 14km/h pour retomber à 9km/h mais avec moins de vagues.
Pas de poses, impossible de débarquer dans l’estuaire et de toute manière, pas le temps ! Une barre de céréale et un gel énergétique plus loin, nous sommes avec les grues du port du Verdon en vue. Ce sera 30km en ligne droite à ramer face à ces grosses dames de fer..démoralisant ! 
Notre moyenne est trop faible avec ces conditions non favorables. Ce qui devait arriver arriva, nous voilà à 5/6km du but à ramer face au courant, la marée s’est inversée..! Après une dernière heure mémorable nous posons le pied au Verdon ! 
Dernier effort, on doit ré-embarquer pour rallier une autre plage où nous attendent Alain et Yvelines.
C’est exténué mais heureux d’avoir réussi ce challenge que nous quittons le Verdon des souvenirs pleins la tête. Une belle aventure sportive et humaine qui nous prouve une nouvelle fois que l’aventure est là, à la portée de tous et parfois aux portes de chez soi ! «